• Venez nombreux !


    Comme chaque année, Lucien Dujardin ouvre son atelier les 30 septembre, 1er et 2 octobre 2016 à l'occasion des Portes Ouvertes des Ateliers d'Artistes. J'invite mes amis du Nord et les autres, à visiter son atelier à Mouchin. Le vendredi 30 septembre de 14 h à 18 h, samedi 3 et dimanche 4 octobre de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Lucien en parle sur son blog pour vous en donner
    un avant goût...

     Bonne soirée à tous. Merci.

    http://ldujardi.blog.lemonde.fr/


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  • Comme je vous l'avais promis, voici la légende du lac du Salagou...
    L'histoire raconte...

    Un amour interdit

    Autour du lac Salagou, les pentes vallonnées d'un beau rouge sombre sont semées de petits cailloux blancs. Ces cailloux forment des messages, des dessins et des coeurs. Depuis toujours les amoureux gravent leurs coeurs dans l'écorce des arbres, dans la pierre des châteaux, sur les murs décrépis. Les coeurs formés de cailloux sont plus rares. Il faut un site qui s'y prête et les pentes minérales qui entourent le lac sont un parfait terrain de jeu pour les romantiques qui veulent laisser une trace de leur amour.
     

     
     
     


        Au Salagou, les coeurs sont apparus il y a quelques années autour du lac artificiel. S'imitant les uns les autres, les jeunes couples tracent des coeurs  blancs ou beiges sur la ruffe, empruntant parfois des cailloux à des coeurs déjà défaits. Ils reprennent sans le savoir, une ancienne coutume du moyen-âge dont peu de languedociens se souviennent. Aristide Sauveterre, le propriétaire d'un magnifique cabinet de curiosités, en possède la trace dans ses archives.

     
     
         
     Dans un manuscrit du moyen-âge datant du début du douzième siècle, le collectionneur a découvert des fragments des minutes d'un procès. Ce document difficilement lisible atteste la présence de coeur en cailloux blancs dans la vallée du Salagou.        D'après ce récit incomplet, Jeanne d'Eyrault, quinze ans, fille d'un baronnet et Bauzille, seize ans, fils d'un bûcheron se croisèrent à la foire de Lodève. Qu'une délicate jeune fille au teint si clair et un garçon en haillon aient pu tomber fous amoureux l'un de l'autre en un seul regard reste un mystère. Tous ceux qui assistèrent à la rencontre ne doutèrent pas un seul instant que les jeunes gens s'étaient choisis à jamais.
    Affolée, la servante de Jeanne la sépara de ce moins-que-rien. Bauzille s'éloigna avec ses amis les charbonniers qui se moquaient de lui. Les amoureux, tout à l'éblouissement de la rencontre, ignoraient que leur destin était déjà scellé.
     
     L'union d'une fille de noble et d'un manant était bien sûr impossible. On maria Jeanne à un chevalier de retour de Croisade, Gauthier de Saint-Loup. Agé de quarante ans, Gauthier voulait un héritier. Désespéré par le mariage de sa belle, Bauzille entreprit d'abattre le plus d'arbres possibles au cirque de Mourèze, là où ses compagnons fabriquaient le charbon de bois. Tout en maniant furieusement la cognée, il imaginait mille stratagèmes pour  revoir son aimée.
    De son côté, Jeanne savait grâce à sa servante où se trouvait le beau jeune homme. Quand après un an de mariage, elle n'eut toujours pas donné d'héritier au Chevalier, elle le convainquit de la laisser se rendre à une source miraculeuse. Seules les femmes pouvaient emprunter le sentier qui menait au sanctuaire entouré de colonnes dolomitiques. Accompagnée de sa servante, la jeune femme se rendit à la source. Elle accrocha des bandelettes de tissu multicolores aux branches d'un osier, comme tant de femmes stériles l'avaient fait avant elle. Elle dansa autour de la plus haute colonne. Tout en priant les yeux mi-clos, Jeanne guettait le moindre mouvement. Le troisième jour elle vit le jeune bûcheron assis auprès d'un ermite qui traçait des signes dans la  poussière. Voyant la jolie femme s'avancer, l'ermite disparu dans l'obscurité d'une grotte. Sidérés, Jeanne et Bauzille se regardaient. Ce qui devait arriver arriva.
      Sept jours plus tard, Jeanne de Saint-Loup retourna au château et assura à son époux que Dieu l'avait entendue. Et neuf mois plus tard, elle donna naissance à un magnifique garçon. Le Chevalier était fou de joie. Il organisa un somptueux baptême à la cathédrale de Lodève où tous les nobles à cent lieues à la ronde furent invités.

    la punition des amants

      Les invités au baptême du fils de Jeanne et de Gauthier de Saint-Loup arrivèrent par centaines, les bras chargés de cadeaux. Les serviteurs mirent plusieurs jours à déballer tant d'offrandes. A la fin, il ne resta qu'une boîte enveloppée de feuilles de figuier, ornées de raisins dorés et de perles noires. Le paquet était si beau que la jeune mère voulut l'ouvrir elle-même. En écartant les feuilles, elle  pâlit, poussa un petit cri et laissa tomber un parchemin.
    En ces temps obscurs, les sortilèges étaient fréquents, on mourait d'un mauvais regard, d'une parole marmonnée ou d'une piqûre. Tous s'étaient tus. Gauthier se précipita pour ramasser le rouleau. En tremblant, son confesseur lui lu le message: « Jeanne et Bauzille s'aiment d'amour tendre murmurent les petits cailloux du Salagou ». Sans un regard pour son épouse et son nouveau-né, Gauthier de Saint-Loup sauta sur le cheval d'un garde et partit au galop vers la vallée du Salagou.

    http://ekladata.com/u-mcaRkJp6R7BulGka93poG6sG8/Salagou-message-ligne.jpg

     

     Le Chevalier erra pendant trois jours et trois nuits parmi les replis de la terre convulsée. Tandis que la lune montante projetait des ombres fantasques,  les cailloux restaient muets. Gauthier n'entendait pas le moindre murmure sinon le vent léger, les chevaux qui renaclaient et les battements de son coeur.

    - Ce n'est qu'un mensonge, Sire, le rassurait son écuyer. Dame Jeanne est une épouse fidèle et obéissante.
    - Tais-toi, lui ordonnait le Chevalier, j'écoute le murmure des cailloux.
         Au matin du quatrième jour, la lumière rasante du soleil levant dévoila l'énigme. Sur la terre rouge, le Chevalier découvrit un coeur de cailloux blancs haut de trois mètres. Les noms de Jeanne et de Bauzille étaient inscrits à l'intérieur. Le mari bafoué poussa un hurlement de rage. Surpris, un jeune homme  surgit d'un pli de la terre et s'enfuit; les chevaux, trébuchant sur la pente friable, ne purent le poursuivre.
        Bauzille, qui avait si imprudemment signé son forfait, fut livré à la justice par ses propres amis les charbonniers. On le  tortura, bien que ce fût inutile: le jeune bûcheron avouait tout. Il revendiquait la paternité de l'enfant. Chose tout à fait inhabituelle, les ecclésiastiques en grand apparat se déplacèrent pour voir par eux mêmes le coeur maudit. Ordre fut donné à un moinillon de le détruire immédiatement. Les cailloux simplement posés sur la terre volèrent dans les airs et les yeux de Bauzille s'emplirent de larmes.
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    les terres stériles du Salagou
     
     Le procès de Bauzille le bûcheron dura trois jours à l'évêché de Lodève. Deux juges cependant se posaient des questions. Comment un simple bûcheron savait-il écrire! Et comment une noble dame pouvait-elle se compromettre avec un tel sauvage! On résolu la deuxième question en accusant Bauzille de viol. Il périt sur le bûcher car seul un sorcier pouvait ainsi défier l'ordre du monde.
        Le jour où on lui arracha son fils, Jeanne devint muette. Recluse au couvent, jour après jour, elle brodait des coeurs écarlates. Au souvenir de ses quatre jours de bonheur à la source miraculeuse, un léger sourire éclairait son visage juvénile. Elle n'avait pas dix-sept ans.
    Quelques mois après le drame, on vit fleurir des coeurs de cailloux blancs sur le flanc de la montagne. Par prudence, les amoureux évitaient d'écrire leur noms. De toute façon, la plupart d'entre eux étaient analphabètes. Peu à peu, on oublia l'amour scandaleux à l'origine des coeurs de cailloux et les promis des alentours prirent l'habitude de dessiner des coeurs pour fêter leur engagement. Une légende naquit. Les amants adultères devinrent de chastes amoureux séparés par le destin.
       Une fois par an, une main mystérieuse retraçait le coeur de Jeanne et de Bauzille. Des siècles plus tard, la région se dépeupla et la coutume se perdit. Les anciens parlaient des coeurs perdus du Salagou puis la légende fut oubliée.
     
        Aujourd'hui les coeurs de cailloux sont de retour sur la ruffe rouge entourant le lac. Les mobylettes rugissent et dérapent dans la poussière rouge, les jeunes gens rient et chahutent en composant leur coeur de pierre. Les touristes s'arrêtent, admirent les oeuvres et tracent des coeurs eux aussi. Quelques propriétaires s'énervent; selon eux, la terre stérile est dégradée. Certains posent des barbelés qui ne tiendront pas longtemps.
    Pendant ce temps, qui se souvient des amours tragiques de Jeanne et de Bauzille?
     
       
     Les notes du procès sont incomplètes et Aristide Sauveterre n'a pas trouvé le nom du délateur. Bénédict Ravenol, à qui le collectionneur a raconté le procès et la légende, penche pour la vengeance d'une maîtresse de Saint-Loup. Econduite après l'annonce de la naissance d'un petit Saint-Loup, elle aurait juré de détruire sa rivale et celui qui l'abandonnait.
    - Et le nom de l'enfant? a demandé Bénédict.
    - Le moine n'en dit rien. Le Chevalier fit abandonner le bâtard dans la forêt où les charbonniers le recueillirent. S'il a vécu, il a dû mener une vie bien obscure.
    - On pourrait l'appeler Aymeric.
    - Aymeric, oui, c'est un beau prénom.

       Le 14 février prochain, pour la Saint-Valentin, Bénédict ira inscrire les prénoms de Jeanne et de Bauzille dans un coeur immense. L'endroit présumé où Bauzille a affiché son amour est maintenant sous les eaux. Le lac artificiel du Salagou a noyé des terres, des villages et bien des légendes. Bénédict a déjà choisi un bel emplacement dominant le lac bleu et la terre aux nuances changeantes. Difficile d'accès, à l'écart de la route, personne ne pourra détruire son coeur dédié aux amants malheureux.

    J'ai trouvé cette légende (plus complète que celle que l'on m'avait racontée !) sur le net.

    Bonne soirée à tous. Merci pour vos visites.

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